Les dépenses climatiques de l’UE dépassent massivement l’objectif des auditeurs, l’agriculture étant la plus touchée


31 mai 2022 — La façon dont les rapports de l’UE sur le climat sont remis en question après un audit révèle des informations confuses et exagérées sur la manière dont l’argent dépensé pour l’agriculture est réellement lié aux politiques vertes.

Selon la Cour des comptes européenne (CCE), les dépenses consacrées à l’action pour le climat dans le budget 2014-2020 de l’UE n’étaient « pas aussi élevées que celles annoncées » dans les documents officiels. L’audit révèle que le rapport sur l’action climatique de la Commission européenne pour cette période est surestimé de 72 milliards d’euros (77 milliards de dollars).

«La lutte contre le changement climatique est une priorité essentielle pour l’UE, qui s’est fixé des objectifs ambitieux en matière de climat et d’énergie», déclare Joëlle Elvinger, membre de la Cour des comptes européenne qui a dirigé l’audit.

« Nous formulons plusieurs recommandations pour mieux lier les dépenses de l’UE à son climat et à son énergie. Par exemple, nous recommandons que la Commission justifie la pertinence climatique du financement agricole », ajoute Elvinger.

L’agriculture, le principal coupable
Le rapport de la Commission européenne s’est avéré être le plus hors cible en ce qui concerne le financement agricole, qui représente 80 % de l’erreur de déclaration totale.

Alors que près de la moitié du budget était destinée à l’agriculture, le rapport note que les émissions de GES provenant de l’agriculture dans l’UE n’ont pas diminué depuis 2010.

“Des études de modélisation sur l’atténuation du changement climatique suggèrent que sans paiements directs, les émissions de GES de l’UE provenant de l’agriculture seraient inférieures de 2,5 % à 4,2 %”, comme l’indique le rapport.

Contribution climatique dans le budget 2014-2020 de l’UE, selon la Commission européenne (Crédits : CEA).L’audit explique que la diminution de l’activité agricole, si aucun financement n’était accordé, réduirait les émissions. S’ajoutant à une dépendance créée à l’égard des paiements directs qui “peuvent maintenir des exploitations non viables, ralentissant les changements structurels qui pourraient être nécessaires à l’adaptation”.

Cependant, les diminutions des émissions de GES de l’UE résultant de la réduction des paiements directs dans l’UE seraient “compensées dans une certaine mesure par une augmentation des émissions en dehors de l’UE”.

La Commission européenne a initialement déclaré un rapport victorieux avec 20,1% de son budget destiné à l’action climatique, juste au-dessus de son objectif auto-imposé de 20%. Le nombre réel, selon les auteurs, est de 13 %.

En raison des erreurs présentes dans ce rapport, l’auditeur “exprime des inquiétudes quant à la fiabilité du reporting 2021-2027”.

“Malgré les améliorations proposées dans les méthodes de reporting, la plupart des problèmes identifiés pour 2014-2020 subsistent”, souligne la CCE.

Des surestimations flagrantes partout
La Commission européenne a grossièrement surestimé le montant des fonds consacrés à l’action climatique dans toutes les catégories analysées par l’ECA.

“La méthode de suivi actuelle est basée sur des hypothèses : elle n’évalue pas la contribution finale apportée aux objectifs climatiques de l’UE, et il n’y a pas de système en place pour surveiller les résultats climatiques”, souligne la CCE.

La Commission a accordé trop de poids aux sanctions en cas d’infraction aux règles agricoles. L’organisme déclare que les agriculteurs ont appliqué des sanctions à un taux plus élevé que le nombre réel.

“Souvent, les agriculteurs reçoivent juste un avertissement précoce, et aucune sanction… les sanctions ne s’appliquent pas aux petits agriculteurs, le niveau de conformité varie et des infractions se produisent”, déclare l’ECA.

Sur les 17,5 milliards d’euros (19 milliards de dollars) de cette catégorie, l’auditeur déclare que 100 % est « probablement une surestimation ».

Cette première catégorie n’est pas la seule avec un résultat de surestimation probable à 100 %. Sur le volet des zones confrontées à des contraintes naturelles ou autres, la CCE considère qu’elle ne s’attaque pas directement au changement climatique. Par exemple, l’argent dépensé pour empêcher l’abandon des terres est aussi de l’argent dépensé pour empêcher la restauration écologique.

La dernière catégorie avec une surestimation de 100 % est celle des investissements dans les services de base, la rénovation des villages et le développement local mené par la communauté. Ceux-ci ont été considérés comme inutiles, en ce qui concerne l’action climatique, car ils étaient considérés comme des investissements économiques, sociaux et d’infrastructure.

Selon la CEA, sur les 17 projets financés au titre des services de base et de la rénovation des villages, dix concernaient des routes locales, qui nuisent au climat. Avec seulement deux des 17 dits étant liés à l’action climatique.L’agriculture biologique est bénéfique car elle entraîne une réduction des émissions et une meilleure qualité des sols.

Dans le développement local mené par la communauté, 18 projets sur les 78 au total de cette catégorie ont été échantillonnés et examinés, et un seul a été jugé lié à l’action climatique.

Les investissements climatiques réels
La CEA, comme mentionné, a constaté que les trois catégories déjà mentionnées étaient inefficaces, mais elle a analysé deux autres catégories qui avaient un impact réel sur le climat.

Le premier concernait les mesures agroenvironnementales et climatiques. L’audit révèle que le soutien de pratiques respectueuses du climat comme les cultures de couverture ou l’investissement dans l’amélioration de la teneur en carbone du sol a un résultat positif sur les émissions.

Cependant, même dans cette catégorie, seulement 40 % du budget a été déterminé en adéquation avec les objectifs du plan. La CEA estime que certains régimes comme la diversification des cultures ont un effet « très limité » ou « nul » sur le climat.

La dernière catégorie, l’agriculture biologique, a également été bénéfique car la conversion à ces pratiques agricoles entraîne une réduction des émissions et une meilleure qualité des sols. Mais l’ECA met en garde :

“La baisse des rendements de l’agriculture biologique peut entraîner une augmentation de la production et des émissions ailleurs.”

Les biocarburants posent problème aux investissements de l’UE
La Commission européenne vient de lancer l’initiative de transition verte EU Fit de 55 milliards de dollars US, qui utiliserait un cinquième des terres cultivées d’Europe pour la production de bioénergie à partir de cultures énergétiques, selon le World Resource Institute (WRI).

Selon le WRI, l’accent mis sur les biocarburants pourrait entraîner une baisse des rendements des cultures et être le moteur d’une crise alimentaire.

Dans ses perspectives agricoles 2021-2031, la commission européenne prévoit que la consommation de biodiesel culminera à 18,9 milliards de litres en 2023, alors que la crise alimentaire pourrait encore être persistante.

Par Marc Cervéra

Pour contacter notre équipe éditoriale, veuillez nous envoyer un e-mail à Editorial@cnsmedia.com

Si vous trouvez cet article précieux, vous souhaiterez peut-être recevoir nos newsletters.
Abonnez-vous maintenant pour recevoir les dernières nouvelles directement dans votre boîte de réception.

.

Leave a Comment

Your email address will not be published.